«Permettre au mécanisme du marché d'être l'unique directeur du sort des êtres humains et de leur environnement naturel aurait pour résultat la démolition de la société» Karl Polanyi, La grande transformation,1944. Le libéralisme est né au dix-huitième siècle. L'idée de son père fondateur, Adam Smith, repose sur le fait qu'en suivant son seul intérêt égoïste, on contribue au bien collectif «[...] Tout en ne cherchant que son intérêt personnel, il [l'homme] travaille souvent d'une manière bien plus efficace pour l'intérêt de la société, que s'il avait réellement pour but d'y travailler» écrivait-il.
Aucune planification, aucun contrôle et aucune organisation ne sont nécessaires; de façon spontanée, l'ordre du marché trouve son équilibre optimal et s'autorégule comme si une «main invisible» organisait les échanges et harmonisait les intérêts individuels et collectifs. Cette règle, selon Adam Smith est invariable et universelle car de par sa nature l'homme, à travers l'espace et le temps, est un animal éternellement avide et calculateur. La concurrence parfaite est un moyen qu'on utilise ou qu'on rejette selon qu'il engendre ou non le bien commun; l'intervention de l'Etat est nécessaire quand le marché ne sert plus la collectivité ou devient féroce pour les hommes.
La chute du mur de Berlin a vu surgir l'ultralibéralisme. Depuis, il n'a cessé de gagner du terrain et aujourd'hui, le néolibéralisme apparaît comme une condition naturelle et normale de l'homme; il est devenu un dogme planétaire et pour beaucoup c'est le seul horizon possible pour l'humanité.
La nébuleuse néolibérale avec ses bras droits (la Banque Mondiale, le FMI, l'OMC, L'OCDE), ses think tanks, ses instituts de géostratégie, ses chercheurs et ses prosélytes (médias, politiques, intellectuels...) est un réseau international puissant.
Michel Rocard avoue «le drame qu'ont du mal à admettre certains de mes camarades de gauche, c'est que le capitalisme a gagné. Nous sommes en économie mondialement ouverte. Il n'y a ni régulation, ni limite à la violence de concurrence. Nous ne construisons pas la société de nos rêves. Nous nous défendons. [...] Nous avons acceptés une dérégulation générale du système avec des règles de jeu de plus en plus brutales et cruelles. Depuis un quart de siècle se sont imposés les lois de Friedman visant à maximiser le profit sur le champ de l'économie mondiale. Cela donne un peu de croissance, mais les inégalités sociales s'accroissent de façon vertigineuse, avec du chômage, une pression terrible sur la qualité des services publics, sur la protection sociale, l'assurance maladie en particulier.1».
D'après ce socialiste, nous sommes des vaincus et nous n'avons d'autres alternatives que de capituler devant la forme la plus radicale du capitalisme et d'accepter le monde rêvé des néolibèrales. Quel cauchemar!
La faillite du communisme et l'implosion du socialisme ont entraîné dans leur sillage le démantèlement de la droite traditionnelle. Débarrassé de ses principaux adversaires, aidé par la révolution informatique et bénéficiant d'un travail idéologique préalable qui a détruit toutes les solutions alternatives pour n'en laisser que celle du marché, le néolibéralisme a su s'imposer avec arrogance sur la planète entière comme modèle de pensée unique.
Des personnalités politiques, des grands chefs d'entreprise, des journalistes, des patrons de presse et des chercheurs se sont convertis à la free trade faith11 (la foi dans le libre-échange). Ils ont réussi, grâce aux soutiens financiers des marchands, des industriels et des banquiers et à la complicité des médias, à imposer le modèle libéral et à le diffuser à l'échelle planétaire. Ces militants ont crée des réseaux d'influence - La société du Mont Pèlerin, l'Institut for Economic Affair, le Centre for Policy Studies, l'Adam Smith Institut, l'Heritage Fondation, Groupe Bilderberg, la Fondation Saint-Simon, la Rand Corporation, Transparency International ...- qui servent leur propagande, le lobbying, l'infiltration et la manipulation des gouvernements, des parlements, de la presse et de l'opinion publique. Ces mêmes individus ont réussi à s'implanter dans les organisations intergouvernementales (le FMI, la Banque Mondiale, La BERD, le GATT, l'OMC, le G8, l'OCDE) et dans le conseil et commissions européennes, ce qui a conduit à «permettre de multiplier leurs recommandations puis leurs injonction tant auprès des pays en voie de développement que dans des pays industrialisés. 1».